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Bonne lecture !!!

 

textes et photos de l'atelier d'écriture de

 

l'APSEM

 

animé par Philippe Sahuc

 

suite de la page 15 du n° 22

 

 

 

Ma vie change quand ma fille naît. Parce qu’elle est une grande joie. Pour moi, c’est un moment très important. Elle est mignonne, elle est vraiment un adorable bébé. C’est pour ça qu’on a fait une fête. On a partagé des gâteaux et des cadeaux.

 

(Fatima)

 

 

 

En 2013 j’ai perdu mon travail mais je n’ai pas abandonné, pour rester à ne rien faire. J’ai fait comme si j’étais tombée et j’arrivais à me mettre debout. J’ai souffert, beaucoup. Je me suis débrouillée seule, sans l’aide de personne. J’ai travaillé en tant que femme de ménage pour trouver les moyens de vivre et de bien élever mes enfants. J’ai joué le rôle de maman et de père. C’est moi qui me suis occupée de tout. J’ai travaillé dur pour qu’ils ne manquent de rien et aussi qu’ils étudient comme les autres enfants.

 

(Dhoirifati)

 

 

 

Ma sœur, pour moi, c’est ma mère. Elle est adorable. Elle a fait beaucoup de choses pour moi, parce que ma mère est morte quand j’étais petite et j’ai grandi orpheline. C’était un moment très dur pour nous. Heureusement, il y avait ma sœur. Elle m’a élevée et m’a bien éduquée. Elle m’a donné tout ce que donne une mère à sa propre fille. Avec elle, je me suis sentie toujours tranquillisée.

 

(Zohra)

 

 

 

Bonjour, bonsoir, bonne nuit. Au revoir, Madame. Ce soir, je mange du poisson et de la salade et des carottes et du pain et un yaourt. Je mange une banane avec mon café noir. Je suis contente, juré !

 

(Dulce)

 

 

 

Je suis né au Caucase, République de Tchétchénie. Quand j’étais jeune, j’adorais jouer dans la cour. Dès l’âge de sept ans, j’ai commencé à aller à l’école. 1995 : je suis diplômé de l’école. 2011 : je suis arrivé en France. Ici j’ai commencé une nouvelle vie. En France, il y a beaucoup de perspectives pour les personnes qui peuvent et qui veulent faire le travail.

 

(M. Batirov)

 

 

 

Quand j’étais au Maroc avec ma petite fille avant de venir en France, j’ai passé des moments durs avec elle, car elle était toujours triste pour son père. Elle voulait que son père soit avec nous au Maroc. Elle avait envie toujours de voir son père, parfois elle se mettait à pleurer. Quand elle voyait mon frère, elle croyait que c’était son père. C’était une période très difficile pour moi.

 

(Dunia)

 

 

 

Je suis une maman de trois filles et de quatre garçons, mariée, mère au foyer. Maintenant j’ai envie d’apprendre à parler le français, maintenant que les enfants sont grands. Je prends ma vie en main, est-ce que c’est possible ? Oui, pour être bien dans ma vie de femme, j’espère que je vais m’en sortir.

 

(Zaïnaba)

 

 

 

Aujourd’hui, je suis très contente parce que j’ai commencé mes cours de français. J’aime bien être étudiante ici avec mes amis. J’aime bien écrire des choses que je ressens mais, des fois, je n’y arrive pas. J’ai peur de me tromper même quand je parle et c’est la seule chose qui me perturbe. Mais je ne baisse pas les bras et je continue pour améliorer mon niveau. Et je me bats jusqu’à la fin.

 

(Faiza)

 

 

 

1964. J’ai huit ans. Mon père m’amène à l’école pour faire un test. Normalement les enfants entrent à l’école à six ans et moi, j’ai huit ans et le directeur m’a refusée et après, je suis rentrée à la maison, pas contente. J’étais triste.

 

(Fatma)

 

 

 

Aujourd’hui, nous sommes mercredi sept mars 2018. Aujourd’hui, je vais chez Maman pour préparer le manger parce que toute la famille mange ensemble.

 

Au début, je vais au marché pour acheter les légumes, avec de la viande et beaucoup de choses. Et après, je rentre à la maison pour faire à manger avec ma sœur et Maman.

 

(Karima)

 

 

 

Avec l’aide d’une vendeuse, nous faisons un bon plan pour la cuisine mais, dès que nous avons fini de faire le plan, le magasin ferme. Nous rentrons chez nous, sans acheter. Avant l’arrivée chez nous, dans les rues proches de mon appartement, il y a tellement de police et de gendarmerie ! Je ne sais pas pourquoi… J’achète une baguette et on rentre chez nous. Très vite.

 

( Razavi Mohammed)

 

 

 

C’était difficile quand on est arrivé en France en deux mille treize. Ça a fait des années de difficultés pour passer la porte de la France. Je ne sais pas comment on peut imaginer le mur qui était devant moi. Après, j’ai essayé de tolérer toutes les choses. « ça va être un jour débloqué et vous allez réussir un jour. » Après quelques années, j’ai réussi à trouver la stabilité et à continuer de vivre en France. Enfin, la France, c’est le pays où je vis avec ma famille.

 

(Hassan)

 

 

 

J’étais fatiguée, inquiète de passer la nuit dehors avec les filles. Nous sommes allées dans un parc pour dormir, il faisait encore froid, la petite de mes filles a pleuré toute la nuit parce qu’elle avait froid. Vers minuit, une dame nous a apporté une couverture et puis la petite s’est calmée un peu. Nous avons passé plus de dix jours comme ça. Le 21 avril, les petites filles étaient malades, elles avaient de la fièvre. J’ai appelé le numéro 115, avec des pleurs et du stress et je leur ai dit : « Mes filles n’ont pas besoin de médicament, elles ont la fièvre, quarante degrés ». Là, il reste au téléphone et demande l’endroit précis où je suis. Je ne comprenais pas la langue française et la personne ne parlait pas beaucoup l’anglais. Je disais que j’étais dans un parc, je n’en connaissais pas le nom. Elle me dit « passe-moi quelqu’un pour expliquer l’endroit. A ce moment, j’étais dans un océan de larmes. J’ai demandé une faveur à une fille qui était de passage : « Je t’en prie, est-ce que tu peux m’aider seulement à expliquer où je suis ? » La fille a vu comment j’étais détruite et elle a vu les petites filles qui pleurent. Elle m’a répondu : « C’est le minimum que je peux faire pour vous. »

 

(Katerina)

 

 

 

Ce jour-là, il y a un gadjo dans une voiture blanche qui nous voit toutes seules. Il nous regarde faire. Ma sœur aînée, elle l’a vu se mettre du parfum dans l’auto et se regarder dans le rétro. Mais toujours il nous regarde. Moi, j’ai peur. Je dis à ma sœur « viens, on s’en va. »

 

Ma sœur dit « non, le daron, il est parti travailler, la maman, elle va nous tuer parce qu’on va laisser le linge. Moi, je dis « je m’en fous. » Je prends ma sœur par la main et on part. Il y avait une grande côte à monter pour arriver au village. Il est derrière nous, à pied, moi je me souviens qu’il y avait un grand marché au village. On passe dans le marché pour le perdre et je dis à ma sœur « viens, on va passer dans le cimetière parce que ça fait plus court. » Ma sœur a des talons aux pieds, elle les perd tellement elle court dans le cimetière. Je me rappelle qu’il y avait des cailloux.

 

On arrive de l’autre côté du cimetière. Mais le grand portail est fermé. Tant pis, je monte sur le portail et je sors de l’autre côté. Ma sœur, cette « grande folle de mort »1, elle n’arrive pas à sauter, elle est à cheval sur le portail. Eh ben soudain, le gadjo, il lui tient le pied pour la tirer de son côté et moi je crie de nous laisser. Il me regarde, il se met à rigoler fort. Tant pis, je remonte sur le portail et tire ma sœur de toute ma force. Je lui fais mal, je lui déchire la cuisse à l’intérieur. Je me souviens que lui, criait comme un fou, tapait sur le portail. Le portail, il a un gros cadenas. Cet homme, il est petit, gros, il n’a pas de cheveux, il a un costume blanc. On arrive à la caravane, on dit à la mère ce qui nous arrive. Elle me dit que c’est de notre faute, qu’il faut pas faire de manières au village.

 

(Claude)

 

 

 

 

 

1Pour dire qu’elle a la tête vide comme le crâne d’un mort

 

 

 

 

DE L’EXCLUSION A L’INCLUSION OU COMMENT SORTIR DE NOS PEURS

 

Il y a beaucoup d’actions réalisées en France et à Toulouse pour lutter contre les exclusions, tant par les municipalités, la Métropole, les organismes publiques ou les associations privées.

 

Or, le résultat est maigre !

 

Pourquoi cet échec ? Essayons de réfléchir :

 

  • parce qu’on parle d’exclusion et non d’inclusion ?

  • parce qu’on n’arrive pas à agir à la fois sur le nombre, les catégories, le collectif, (les émigrés, les jeunes, les gens des quartiers, les arabes….) et sur l’individuel, la personne  (je me sens exclu, je suis victime, « ils » m’aiment pas…),?

  • …… ????.........

  • Quelle qu’en soit la ou les raisons, ce qui apparait rapidement c’est que c’est du racisme primaire créé ou entretenu par « nos peurs »

    • Nous avons peur des immigrés qui viennent prendre notre boulot, pas d’émigrés chez nous

    • Nous avons peur des étrangers, qu’est-ce qu’ils viennent faire ?.

    • Nous avons peur des attentats, c’est la faute aux musulmans ou aux juifs,

    • Nous avons peur d’être malade, mal soigné, de mal vieillir

    • Nous avons peur de devenir comme « eux » sans argent, d’avoir faim, de ne plus pouvoir faire….

    • Nous avons peur des politiques, tous pourris, qui nous mènent où il ne faut pas…..

    • Nous avons peur de l’avenir

    • …………..

 

 

 

Les peurs font partie de la Vie. Donc on s’y habitue, on les trouve naturelles, on se laisse envahir.

 

 

 

Conséquences : on met en jeu l’autodéfense : repli sur soi, colère, violence……

 

Et on se trompe de colère !

 

 

 

La peur et la violence sont cultivées partout et par tous : les médias, le gout du sensationnel, les gouvernements, il est plus facile de gouverner par la peur qu’avec des citoyens libres, et par nous même….

 

Mais être libre c’est aussi être conscient et responsable, chacun à son niveau.

 

 

 

Vouloir vivre autrement, c’est tout d’abord lutter contre ces peurs, et ses peurs.

 

 

 

Difficile car bien ancrées dans nos mœurs donc il faut un vaste mouvement d’éducation populaire :

 

-adapté à chacun des publics existant, (jeunes, délinquants des quartiers, vieux , instruits, pas instruits……

 

-résolument anti-stress et décontracté - style pub dans le métro par Tisseo qui développe la civilité

 

Et ça marche….

 

  • Par tous les moyens de communication existant à l’échelle d’une commune et d’un programme national

 

 

 

Cet objectif : vivre consciemment avec ses peurs et les surmonter, permettra de mettre ou de remettre en valeurs un des premiers droits fondamentaux et reconnu dans la convention internationale des droits de l’homme (assez oublié actuellement en France) : le Droit à la dignité.

 

 

 

En inculquant, en valorisant , l’optimisme, la confiance en soi, on supprimera la peur de l’autre.

 

 

 

Et du coup le respect de soi et le respect de l’autre.

 

 

 

Lutter contre les peurs et développer le respect de l’autre : 2 objectifs essentiels à poursuivre d’urgence et de front dans un effort collectif pour changer les mentalités et à accompagner d’actions plus catégorielles et concrètes pour lutter contre les inégalités.

 

 

 

FF 9/2/18

 

 

 

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